Entretien avec Aline Landrieux Boitel, agricultrice sur la commune de Forest-Montiers dans la Somme

Aline a opté pour la diversification et mène de front la culture de betteraves, de potagères, la production de semences de colza et la gestion d'un atelier de vaches allaitantes.

Aline, pouvez-vous nous présenter votre exploitation ?

Nous sommes ici sur l’exploitation familiale composée de 3 associés : mes parents et moi. Nous cultivons sur l’exploitation 25 ha de betteraves pour la sucrerie d’Attin, de la chicorée, des pommes de terre, du colza de printemps en contrat de multiplication pour Deleplanque et des légumes (salsifis, carottes, haricots verts et pois de conserve). L’exploitation se situe à Forest-Montiers, à seulement quelques kilomètres de la mer, ce qui fait que l’exploitation est principalement composée de terres « légères » de type Limons-sableux. Enfin, nous disposons d’un atelier d’élevage en vaches allaitantes.

Quelles variétés avez-vous choisi de semer cette année ?

Pour mes semis 2017, j’ai choisi de chez Deleplanque la variété Barents pour des arrachages au mois de décembre (période 5). J’applique une dose de semis comprise entre 1.1 unités/ha à 1.2 unités/ha. Pour le choix de nos variétés, nous regardons plusieurs critères. Tout d’abord, la productivité, puis la montée à graine, la résistance aux maladies et enfin la qualité de levée. A 103% des témoins en rendement racine avec Barents, une qualité de levée rapide et un faible taux de montée à graines, Barents répond à l’ensemble des critères. Enfin, pour valider notre choix, nous n’achetons que des variétés dites « confirmées », c’est-à-dire 2 ans et plus et dont la stabilité des résultats reste la même d’une année sur l’autre.

Pour conclure, nous avons pour habitude de diversifier les génétiques, en privilégiant tout d’abord les distributeurs français.

Quel itinéraire technique avez-vous mis en place ?

En 1997, nous sommes passés en système non-labour, pour répondre au passage des CTE* (Contrat Territorial d’Exploitation), afin de limiter la battance de nos parcelles et changer notre mode de culture (préservation des sols, sauvegarde de la vie microbienne, etc).

Avant de semer nos betteraves, nous utilisons un outil nommé décompacteur pour aérer le sol et permettre à la betterave de bien croître. Nous utilisons par la suite une rotative pour la préparation du sol, avant un passage de croskilletes afin d’affiner le plus possible la terre. Nous semons les betteraves à l’aide d’un semoir 6 rangs Nodet autour de la mi-mars, voire fin mars si les conditions ne nous permettent pas d’accéder à la parcelle.
Concernant le suivi, nous appliquons chaque année entre 4 et 5 passages de désherbant (1 à 2 passages également à l’aide d’une bineuse mécanique), et deux passages de fongicides. Pour la récolte, nous faisons appel à un entrepreneur agricole disposant d’une intégrale.

Que pensez-vous de la betterave dans un contexte d’après-quota ?

Nous sommes plutôt confiants sur le devenir de la culture puisque nous avons cette année suivi la stratégie de notre coopérative en augmentant de 20% notre surface betteravière.

Concernant les allongements de campagne, le type de sol sur l’exploitation (Sol limons-sableux ne retenant que très peu l’eau) nous permet d’intervenir plus facilement et rapidement dans les parcelles. Que l’on soit en début ou en fin de campagne, on n'a pas trop de soucis pour intervenir. L’interrogation que l’on peut avoir est sur les prix. Avec 20% de surfaces complémentaires en France, il ne faudrait pas que les prix suivent ceux d’autres secteurs que l’on connait, comme le lait ou les céréales quand il y a surproduction…

*Le CTE est une disposition majeure de la loi d’orientation agricole. Fondée sur la reconnaissance des multiples fonctions de l’agriculture (fonctions économique, sociale et environnementale), cette loi vise à faciliter la réorientation de l’agriculture afin de répondre à l’évolution des marchés et aux attentes de la société.