Entretien avec Grégoire de Grave, chef de culture à Tardinghen, dans le Pas-de-Calais.

Sa mission sur l’exploitation : augmenter la productivité des cultures, et particulièrement celle de la betterave.

Grégoire, peux-tu nous présenter l’exploitation où nous sommes ?

Nous sommes ici chez Christophe Noyon, agriculteur brasseur récoltant à Tardinghen, sur la côte d’Opale. Je suis responsable de l’exploitation de 65 ha. Nous y cultivons du colza, de la betterave, de l’orge brassicole, du blé et des légumineuses (fèveroles, pois protéagineux, pois de conserves). J’ai pris cette fonction il y a 3 ans maintenant, l’objectif étant d’augmenter la productivité de l’ensemble des cultures, plus particulièrement celle de la betterave. Les rendements étaient de 70-75 t/ha.

Concernant le parcellaire, nous sommes sur du limon-sableux voire limon-argileux (taux proche de 28% d’argile dans certaines parcelles). Nous sommes situés à 2 km de la mer, avec un climat plutôt humide l’hiver et séchant l’été.
 

Pour la partie betterave, qu’as-tu semé cette année ?

Nous avons semé cette année 13 ha de betteraves sucrières dont 6 unités de stanley (dose 1.2 unité/ha), 4 kopernikus (1.1 unité/ha) et 4 barents (1.1 unité/ha). La dose de semis est en fonction du type de sol et de la date d’arrachage. Je suis à ce sujet en pré-planning avec la variété stanley. On livre à la sucrerie de Lillers.

Pour choisir mes betteraves, il faut savoir que l'on sème plutôt tardivement. Cette année, l’ensemble des betteraves ont été semées le 7 avril. Les critères de choix sont la montée à graines (parce que nous sommes en bordure maritime, donc les risques sont plus élevés), et ensuite les critères agronomiques, c’est-à-dire la qualité de levée et la rapidité qu’a la betterave à couvrir le sol.

Je cherche des betteraves qui recouvrent rapidement car ça garde la fraicheur dans les sables puis ça permet, dans certains cas, d’éviter un passage en désherbage. C’est pour cette raison que j’ai décidé de m’orienter vers la génétique Strube Deleplanque.
Cette année, mais également l’année dernière avec liszt et stanley, j’ai appliqué 3 herbicides au lieu de 4 habituellement. Je fais mon premier désherbage en post-levée.
 

Quels ont été tes résultats l’année dernière ?

En arrachage pré-planning, j’ai fait 65 t/ha avec stanley – j’ai avec cette variété atteint 17.5 de richesse.
En période 3, avec la variété barents, je fais 85 t/ha à 16.5 de richesse. Enfin, avec la variété liszt, toujours en période 3, je fais 102 t à 16.5.
 

Tu parlais, au début de l’entretien, d’augmenter la productivité de la betterave. Peux-tu nous en dire plus ?

Quand je suis arrivé, j’ai remis en cause le système de conduite de l’exploitation, c’est-à-dire une betterave qui revient tous les 3 ans sur la parcelle. N’ayant pas le parcellaire adapté pour allonger la rotation, avec l'aide de Monsieur Noyon, nous avons développé des échanges parcellaires avec un voisin éleveur. Il cultive du maïs sur l’exploitation ainsi que du ray-grass et du trèfle sur les terres impactées par les phénomènes d’érosion.
En échange, je cultive des betteraves sur leurs parcelles pour y revenir tous les 6 ans.

Cela a un impact positif sur l’environnement puisqu’il nous permet de changer nos pratiques culturales concernant l’utilisation des produits de pharmacies, notamment sur le mode d’action pour lutter contre les adventices.

As-tu déjà constaté des effets positifs ?

L’ensemble de ces changements m’ont permis, en complément bien sûr de l’amélioration constante de la génétique, de gagner du rendement supplémentaire. Il est encore trop tôt pour vous donner un chiffre, je ferai le bilan dans 2 ans, une fois ma rotation 6 ans terminée. Par contre, l’évolution du système de culture m’a permis de réduire mes charges opérationnelles d’environ 20%, principalement sur le poste « application de produits désherbants ».
Sur le poste engrais, je fais également une économie de près de 15% net en prenant en compte les frais d’épandage de fumiers et d’écumes, pratique  que j’ai mise en place dès mon arrivée sur l’exploitation.

J’espère dans le futur, après avoir baissé les charges, augmenter les rendements afin d’avoir un niveau de productivité optimum, surtout à la veille d’un changement majeur dans le contexte betteravier.
 

En parlant d’évolution, que penses-tu de l’après 2017 ?

L’après quota, c’est une chance pour ceux qui ont la possibilité d’augmenter leur productivité mais également leurs productions. Ici, je fais déjà 20% de mon assolement en betterave et je vais avoir du mal à en faire plus.

Dans cette culture, il y a trois leviers : le prix, les charges et les rendements. Les prix sont ouverts aux cours mondiaux, on ne peut pas agir dessus. Concernant les charges, nous pouvons effectivement les diminuer et nous sommes obligés de les baisser pour être producteur demain. Mais le système atteint une limite assez rapidement.

Le rendement est lui un point essentiel avec deux aspects : la qualité et la quantité.  Quand on arrive à faire des betteraves riches, c’est rémunérateur car notre travail est reconnu !
Enfin, l’aspect « recherche génétique » est primordial pour le devenir de la filière sucre en France. C’est grâce aux recherches des différents semenciers et à nos pratiques culturales sur l'exploitation que nous exporterons encore dans les prochaines années.
 

Merci beaucoup Grégoire et à très bientôt !