Couverts végétaux : 4 planteurs témoignent

Présents lors de la formation Couverts Végétaux animée par 2 intervenants de la société Icosystème et offerte par Deleplanque, Steeve Lutton, Alain Hussenet, Grégoire de Grave et Frédéric Choiselat nous livrent leur vision et leur expérience de l’interculture.

Steeve Lutton – Saint Loup des Vignes – Loiret

Steeve est installé depuis septembre 2017, après une carrière professionnelle dans la restauration.
L’exploitation est sur des terres très argileuses – 50 à 70% d’argile, voire plus dans certains secteurs. Les sols sont très difficiles à travailler. On y cultive des céréales, de la betterave et du maïs.

Mes motivations pour les couverts végétaux
« Je suis concerné par la qualité de la structure du sol, et par la nécessité de réduire les interventions en fertilisants et herbicides. La question qui se pose est : comment entrer plus tôt dans les terres, froides et humides, après l’hiver ? Les couverts pourraient être la solution.
Je sème déjà des couverts végétaux, moutarde anti-nématode notamment dans le cadre de la réglementation, mais je veux aller plus loin dans la démarche.

J’utilise aujourd’hui des bêches mécaniques, ce qui me permet d’éviter le labour.
Et oui, j’ai déjà noté une amélioration de la structure du sol
 ».

Ce que m’a apporté la formation
 « L’ensemble formation numérique et formation terrain m’ont permis d’affiner mes connaissances et d’apporter des réponses à beaucoup d’interrogations. Il est certain que je reviendrai sur la formation numérique après cette journée, pour consolider mes connaissances.
En 2019, je vais continuer la moutarde, intéressante pour la structuration du sol et l’apport de matières organiques. Mais je réfléchis à un mélange contenant une plante racine pivot, légumineuse ou radis 
».

Alain Hussenet – Baudement – Marne

L’exploitation est constituée de 80 ha en Champagne Crayeuse, en polyculture blé, orge, betterave, luzerne et colza.

Mon expérience des couverts végétaux
« Nous sommes en non labour depuis 20 ans, et pratiquons les couverts depuis 15 ans, en travail étroit avec le CETA. Au début, j’utilisais exclusivement de la moutarde anti-nématode. Aujourd’hui, je sème un mélange à dominante vesce commune.

J’ai appris et fait mon retour d’expérience. Par exemple au début, je laissais mes moutardes trop longtemps dans le sol. Lorsqu’elles atteignent le stade lignification, elles ont besoin de beaucoup d’azote pour se dégrader, ce qui va à l’encontre de l’objectif initial. En réalité il faut les détruire une fois fleuries, elles auront alors donné le meilleur pour la parcelle.

J’ai constaté une nette amélioration de la stabilité structurale de ses sols, une baisse du besoin de traction et moins de tassement. Je travaille aussi moins profond, et tout cela contribue à améliorer la vie du sol.

Je n’ai pas noté d’augmentation des attaques de tipules sur les parcelles précédées d’un couvert. Certaines conditions annuelles peuvent favoriser la présence de mulots. Dans ce cas, je place des piquets dans la parcelle pour faciliter leur prédation par des chouettes et autres rapaces ».

Ce que m’a apporté la formation
« La formation m’a permis d’avoir un raisonnement et une approche cohérents.
Cette année, je donnerai priorité au semis de mon couvert immédiatement après la récolte du blé, l’objectif étant d’asphyxier les adventices. Jusque-là, je réalisais 1 voire 2 faux-semis, ce qui retardait le semis du couvert. J’ai appris que pour optimiser les effets positifs des couverts, il fallait les semer tôt
 ».

Grégoire de Grave – Tardinghen – Pas-de-Calais

L’exploitation dispose de 65 ha sur des sols argilo- à sableux-limoneux.
La rotation betterave se fait sur 45 ha, les autres étant sur des terres trop lourdes avec un risque fort de tassement.

Depuis 2013, Grégoire a mis en place une rotation betterave sur 5 à 6 ans, grâce à un système d’échange parcellaire avec ses voisins. Il a entré le pois et le maïs ensilage dans sa rotation.

Mon expérience des couverts végétaux
« Nous limitons les années avec labour, réalisé uniquement avant betterave et orge, soit un an sur trois. Nous menons une conduite intégrée.
Nous utilisons les couverts proposés par la coop, mais ce sont des mélanges prêts à l’emploi, pas toujours adaptés à nos sols. Je ne les trouve pas assez équilibrés, d’où ma motivation pour participer à la formation
 ».

Ce que m’a apporté la formation
« C’est d’abord une ouverture d’esprit. On voit ce qui se fait, on échange. A nous de choisir ce qui est adaptable chez nous.

Nous avons déjà pris 3 décisions concrètes :
Premièrement, nous augmentons le budget consacré à l’implantation de couverts. Nous sommes convaincus de leur efficacité et des bénéfices pour le sol, même si tout n’est pas mesurable ou directement visible.
Deuxièmement, nous mettons en place un essai sans labour sur 2 ha de betteraves. Nous avions un couvert composé de moutarde, chou, phacélie et vesce, que nous avons détruit en octobre au déchaumeur à disques car la moutarde devenait ligneuse.
Si le test de la bêche est positif, c’est-à-dire si l’on n’observe pas de phénomène de tassement, on sèmera directement. Sinon, il faudra sortir un outil pour préparer le sol. L’objectif ici est de limiter le nombre de passages.
Enfin, on va semer un blé dans un couvert végétal, une partie sur précédent colza et une sur précédent pois. Ce sera un couvert simple et rapide, et nous réfléchissons à sa composition. Je me replonge dans la formation digitale et j’ai commandé le livre de Mr Archambeaud sur les couverts
 ».

Frédéric Choiselat – Echemines - Aube

L’exploitation compte 190 ha sur des terres légères en Champagne Crayeuse. La betterave est cultivée sur 40 ha. La rotation est variée, et intègre entre autres betterave, blé, œillet pharmacie et orge. Elle accueille 50% de cultures d’hiver et 50% de cultures de printemps.

Mon expérience des couverts végétaux
« Nous développons la pratique des couverts devant betterave depuis 50 ans, et cela continue d’évoluer. Aujourd’hui nous semons des couverts multi-espèces associant légumineuses, plantes hautes, plantes basses et couvrantes. Nous utilisons un semoir à dents, pour un semis économique et dégageant la paille. J’ai testé cette année la moutarde d’Abyssinie. Elle n’est pas montée, s’est bien développée. J’attends maintenant de voir comment se passera la destruction.

Mes motivation pour utiliser les couverts sont multiples : améliorer la structure des sols, ainsi que leur activité, leur apporter une protection pendant l’hiver, et à terme, en améliorer le potentiel. Nous n’avons pas de problème de tassement, mais nos terres ne sont pas profondes. Avec le travail superficiel, nous visons une homogénéisation des terres et de leur potentiel.

Je fais partie du groupe « Agriculture de conservation » d’un GDA et nous organisons des plateformes, avec des démonstrations de semis sous couverts, ou de destructions mécaniques. Et pour l’anecdote, j’ai reçu cette semaine le 5ème prix du concours « Sors tes couverts » réalisé par Dynamique Projet, la Chambre d’agriculture de la Marne et Vivescia ».

Ce que m’a apporté la formation

« J’ai trouvé la formation complète et détaillée sur le rôle du couvert, de son implantation, de sa destruction et des mesures à prendre ou à éviter. La journée en Normandie a permis de faire un rappel des points essentiels de la démarche et d’ouvrir une discussion sur les problématiques de chacun. Le tour de plaine de l’après-midi avec la bêche et le pénétromètre nous a montré comment diagnostiquer l’action du couvert et l’état de sa structure avant la culture ».